Comme le disait un jour un vieil ouvrier : “Ici on exploite non seulement la pierre à chaux mais encore et surtout les travailleurs !”. Vers la fin de la même année, pour la première fois la grève éclate.
- la suppression du travail à la tâche.
- le tarif horaire à 0,80 franc.
Le patronat riposte par le lock out et remporte la victoire. Il licencie les meneurs syndicalistes et continue sa lutte sournoise contre les "mauvais esprits" et surtout contre le syndicat qu'il faut démolir à tout prix. Il n'en reste pas moins que l'esprit de révolte est né et que petit à petit la lutte portera ses fruits

 

 

 

 

 

 

 

GREVE DE 1936

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources : Autour de 36 (R. Pierre, R. Montérémal, A. Hullot.)
            Témoignage de G. Serret, 1938.
            Essor économique du Teil et ses conséquences sociales. (M. Zampolini.) 

 

 

 

De par sa situation, Le Teil a toujours été un lieu de passage grâce surtout au Rhône, à la voie romaine puis à ses axes routiers. Mais jusqu’au milieu du 19ème siècle, la petite cité vivait paisiblement avec ses mariniers et ses paysans. C’est en effet sous la 3ème république que Le Teil effectue sa propre révolution industrielle en accueillant deux industries nouvelles : l’une exploitant les gisements calcaires de la montagne Saint Victor, Lafarge, l’autre misant sur le transport ferroviaire.

Jusqu’aux années 1910, rien ne laissait prévoir que Le Teil allait devenir la “ville rouge” du département de l’Ardèche.

En effet, les gens qui étaient venus travailler soit à Lafarge, soit au PLM avaient quitté leur campagne qui ne pouvait plus les faire vivre pour trouver un travail. Ce dernier certes pénible, à Lafarge ou sur les voies du chemin de fer leur assurait un revenu faible, il est vrai, mais il leur permettait de subsister. Ils étaient habitués aux durs travaux de la campagne et se contentaient de peu.

Les patrons de Lafarge avaient en plus su créer des conditions de vie qui paraissaient très favorables aux 1500 ouvriers que comptait l’usine à cette époque :

- Construction  d’une première cité de 30 logements dès 1880, puis d’une autre avec pavillons spéciaux pour les contremaîtres. La société n’admet comme locataires principaux que les pères de famille ayant au moins trois enfants, ce qui donne une garantie contre les brusques départs. On les choisit en outre d’après leur moralité et leur capacité industrielle.

- Construction d’un cercle avec vente de boissons, journaux (mais pas n’importe lesquels !), revues et jeux divers.

- Construction d’une cantine, avec dortoirs et des salles à manger chauffées l’hiver.

- Fondation d’un hôpital où la société entretient des Sœurs Trinitaires. Il n’existe aucune caisse de retraite, M.M de Lafarge se chargeant de pensionner les ouvriers vieux ou infirmes, leurs familles lorsqu’elles sont dans le besoin et que l’ouvrier s’en est rendu digne par son travail et sa conduite.

- Construction d’une église (où tout le monde se doit de se rendre le dimanche).

- Construction de deux écoles dirigées, celle de filles par les Sœurs Trinitaires, celle de garçons par les Frères Maristes. Même les quelques protestants du quartier doivent y envoyer leurs enfants s’ils veulent conserver leur emploi.

- Un cours d’adultes fonctionne ainsi qu’un cercle de jeunesse.

- Une caisse d’épargne est mise sur pied ainsi qu’une caisse de secours alimentée par une retenue sur salaire.

- Création de magasins d’alimentation et de boulangerie où les ouvriers paient par jetons “décomptés sur les salaires“.
Tous ces “avantages“ permettaient aux familles de ne pas se déplacer pour subvenir à leurs besoins puisqu’elles avaient tout sur place à la cité ou dans les quartiers où  elles habitaient (La Violette, Frayol, La Croix Rouge). Cela arrangeait bien les patrons : leurs ouvriers ne fréquentaient pas les éléments subversifs du PLM qui pouvaient leur donner de mauvaises idées.

On voit que la société ne laissait rien au hasard ; grâce aux dépenses des ouvriers, les salaires lui étaient pratiquement restitués, et la mainmise sur les consciences paraissait totale.

Malgré les apparences de bien être les ouvriers se rendent vite compte que le travail est très dur, que les journées de travail sont très longues et très mal payées. Les patrons, farouchement cléricaux et réactionnaires, se sont toujours efforcés de faire peser sur
D'autres activités industrielles existaient aussi au Teil dans la deuxième moitié du 19ème siècle : une usine métallurgique, “La Méta”, et “La Vallée du Rhône”, de la société d’électricité. C’est à cette époque là que se construit un grand dépôt du PLM avec des ateliers de réparation et qu’apparaissent diverses autres activités comme la tonnellerie, le textile, etc…
leurs ouvriers le régime d’Inquisition de l’Eglise. Prêtres et Religieuses, attachés en quelque sorte au service spirituel de l’usine s’efforçaient de maintenir le troupeau dans les voies de l’Eglise et… dans la soumission aux de Lafarge. Distribution gratuite, sur les chantiers de la Croix de l’Ardèche et de l’Echo paroissial de Mélas, pression parfois brutale mais plus souvent onctueuse et discrète sur les familles, corruption habilement pratiquée sous le couvert de la charité chrétienne, intimidations lors des périodes électorales, etc… contribuaient à faire régner sur les ouvriers une atmosphère pesante de servitude religieuse.

Pour toutes ces raisons, malgré l’envoûtement religieux, malgré le mouchardage, malgré le trompe-l’œil des œuvres de secours et d’assistance, en 1911, dans un climat fielleux, une grève éclate à l’usine où les ouvriers réclament une augmentation des salaires, l’affiliation à la caisse des retraites ouvrières et le droit d’envoyer leurs enfants à l’école de leur choix. L’année suivante, sous l’impulsion d’un petit noyau syndicaliste, ils savent réagir avec vigueur contre le patronat de droit divin et formulent deux revendications  essentielles:

 

 

 

Des enseignants, des cheminots, syndicalistes et militants politiques se battent pour plus de justice sociale et dès 1928 trois communistes entrent au conseil municipal du Teil. En 1935 ils seront cinq.

GREVE DE LAFARGE EN 1936
GREVE DE LA METALLURGIE EN 1936

 

En 1936, forts des succès aux élections qui portent le “Front populaire” au pouvoir, les ouvriers occupent l’usine de Lafarge. Ils demandent l’application des accords de Matignon : augmentation des salaires, reconnaissance de la liberté syndicale, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives… Ces revendications aboutirent après treize jours de grève.

Mais fin 1937, suite à diverses brimades ou licenciements de responsables syndicaux, la grève reprend. Elle dure plus de trois mois. Le conflit cesse seulement le 9 avril, les ouvriers devant se résoudre à reprendre le travail sans que la direction ait fléchi devant leurs revendications.

Il faut dire qu’en octobre de cette même année, Henri Pavin de Lafarge, conseiller général du canton de Viviers sortant a été battu par Emile Froment, député socialiste (1950 voix contre 1350).

Les Lafarge régnaient de père en fils sur le canton depuis 38 ans.

Parallèlement à la grande grève des ouvriers de Lafarge, les travailleurs du Teil et des environs se mobilisent pour avoir leur Maison du Peuple. La CGT prend l’initiative d’acheter une ancienne filature boulevard Tariote. Elle lance une souscription auprès de la population de la région. Le dimanche 24 octobre 1937, c’est dans l’allégresse générale que cheminots, ouvriers de Lafarge, de la Méta, de la Vallée, employés et fonctionnaires inaugurent leur Maison du Peuple. Un grand défilé part des Sablons, précédé de la fanfare du Réveil Sportif de Viviers et animé par les chants du groupe artistique du GAO. Dans la cour de la Maison du peuple, des discours, dont ceux de Pierre Sémard, de Benoît Frachon et Emile Froment soulèvent l’enthousiasme de la foule présente.

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INAUGURATION DE LA MAISON DU PEUPLE EN 1937
Le Teil,  “ville rouge”.

Après la Libération, c’est une municipalité communiste qui sera élue au Teil avec à sa tête, Joseph Thibon, auquel succédera jusqu’en 1965 René Montérémal. Il faut préciser que les cheminots qui ont été jusqu’à 1500 ont joué un grand rôle dans cette émancipation de la classe ouvrière au Teil et dans sa région.


Jusqu’au début des années quarante, Le Teil s’est imposé comme le centre de distribution des biens, des services et des capitaux sur les villes voisines. Le dynamisme industriel de la commune a assuré le décollage de l’économie teilloise, contribué ainsi au gonflement de la population ouvrière, et par effet démultiplicateur, assuré la croissance d’une population active tertiaire de commerçants et d’employés de l’Etat.


Après la guerre, les progrès techniques, la productivité, la modernisation ne font plus de l’industrie une grande créatrice d’emplois. La proximité de Montélimar qui prend à son tour un essor considérable, annihile en partie, les efforts de développement de l’économie teilloise et engendre un processus d’émigration temporaire de la main-d’œuvre vers le bassin drômois. Par voie de conséquence la “ville rouge” a beaucoup perdu de ses couleurs.

GREVE DES CHEMINOTS EN 1920
échos teillois
accueil

 

DEFILE PRES DE LA MAISON DU PEUPLE

 

 

 

Au début de 1924, les ouvriers de “La Méta” entrent en lutte, constituent un syndicat unitaire et demandent une augmentation des salaires ; ils obtiennent partiellement satisfaction. En 1926, de longues semaines de grève permettent aux travailleurs de “La Méta” et de “Lafarge” d’obtenir satisfaction sur certaines de leurs revendications.

Les cheminots font une grande grève en 1920, avec de gigantesques manifestations de rue, mais malgré l’obtention de certaines améliorations, ils auront du mal à se remettre des retours de bâton : de nombreux travailleurs et bien entendu, parmi eux, les meilleurs militants syndicalistes sont licenciés. Leurs noms sont signalés aux patrons à plus de cent kilomètres à la ronde pour qu’ils ne puissent pas retrouver du travail.