chapitre CHEMIN DE FER

Le souvenir

V

 

Vous en souvenez vous de nos vieux cheminots           
Alimentant le cœur de l’énorme machine ?
S’ils n’avaient pas acquis le renom de Tino,
Ils chantaient, eux aussi, tout en courbant l’échine.

Ils chantaient fort souvent malgré leur dur labeur,
Mais le bruit étouffait toujours la chansonnette
Qui s’en allait mourir dans l’épaisse vapeur :
L’électrification, alors, n’était pas faite.

Chauffeur ou chef de train, mécanicien, piéton,
De nuit comme de jour, ils prenaient leur service.
Ils rentraient harassés, noircis par le charbon
Qui collait à leur peau d’étranges maléfices.

Ils quittaient lentement leur habit mâchuré
Après avoir posé leur panier sur la table.
Ils enviaient parfois le sort inespéré
De ceux qui pouvaient prendre un repas convenable.

Et pourtant, ils l’aimaient ce métier fatigant
Qui ne connaissait pas Noël et les dimanches,
Qui volait en riant l’ardeur de leurs vingt ans,
Et leur faisait passer d’innombrables nuits blanches.

Les trains n’attendant pas, ils étaient ponctuels.
Quel cheminot n’a dit, souriant à la lune,
Prenant pour l’occasion un accent solennel :
“ Je pars à l’omnibus de dix-sept heures une ”.

De nos vieux cheminots, gardez le souvenir.
Ils n’ont jamais connu les honneurs et la gloire,
Mais ils ont préparé pour nous un avenir
Aux noms de T.G.V. d’espoir et de victoire.

                                               Myriam Benoît

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